Les triticales, ce mélange forcé entre blé et seigle

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Marc
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Le triticale, terme qui apparaît en 1935, condense les deux appellations latines Triticum/froment et Secale/seigle, c’est un hybride interspécifique blé/seigle et non plus un hybride intraspécifique comme le sont les croisements effectués entre blés tendres ou entre seigles.
Le triticale est un rêve pour tout sélectionneur ; apporter dans une seule graine, la qualité panifiable du premier avec en plus la rusticité du second.
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En applicant la nouvelle manière de travailler (la sélection généalogique) qui apparait fin du XIXe siècle, même en toilettant les épis pour retirer les étamines (organe mâle) et procurer du pollen d'une autre plante, cela ne réussira pas si les gènes sont différents.
Il faut que ces plantes soit proche, on ne peut pas croiser des éléments femelles d'un blé ancien tel le petit épeautre (diploîde ou 1 paire de 7 chromosomes) et le féconder par un élément mâle d'une variété moderne tel "Apache" (hexaploïde ou 3 paires de 7 chromosomes).
C’est pourquoi certains vont jusqu’à dénommer le triticale « le premier blé artificiel »,
Ce mariage blé -seigle a été observé pour la première fois scientifiquement en 1876, par le botaniste écossais Alexander Stephen Wilson. Il s’agissait d’un croisement entre un blé tendre (hexaploïde) castré, recevant du pollen de seigle (diploïde) et donnant un octoploïde.
C'était l'époque ou une voie et une explication de la science s'ouvrait sur un nouveau marché, un nouveau métier, les semenciers et que ceux-ci menaient du coup un foisonnement d'expériences.
Un peu après l'expérience de A.S.Wilson, en 1888, le sélectionneur Wilhem Rimpau de Braunschweig (Basse Saxe) obtient après de longues recherches, un Triticosecale Rimpaui Wittmack qui comme son prédécesseur est peu satisfaisant au niveau reproductibilité, stabilité et rendement. Dans les années 1920-30 c’est le Triticum secalotricum saratoviense qui est décrit au centre de recherche de Saratov en Russie, il correspond en termes d’hérédité à un blé hybride F1 d’aujourd’hui , ceux qui ne reproduisent pas dans leur descendance le même trait de caractère, puisqu’il n’est pas fixé par une dizaine d’année de sélection généalogique.
Cette émoustillante recherche d’alliance (blé - seigle) sera pratiquement mondiale, elle durera plus d’un siècle pour aboutir ce qu’elle souhaitait. C’est finalement, dans les années 1950 à 1970, qu’un programme de recherche commun émanant du CIMMYT et de l’université du Manitoba réussira a effectué une bonne levée de la stérilité. Cette impossibilité de surmonter complètement cette barrière occasionné par la stérilité fera dire à Norman Borlaug (directeur du Centre d’amélioration du maïs et du blé - CIMMYT), « Cela me semble être inhérent à la nature, façon de dire aux scientifiques de ne pas devenir trop arrogants » .
Finalement, le « mariage » blé-seigle se réalisera par l’emploi toujours mieux maîtrisé d’un réactif du à la colchicine, réaction découverte en 1937 et qui en génétique des plantes permet de « doubler »ou unir les chromosomes de deux plantes. Cette colchicine est un alcaloïde extrait du colchique, qui « est connue pour bloquer la division cellulaire » .
C’est cet emploi qui sera contesté puisqu’il faut dire que dans la génétique, on joue avec un produit dont 1 milligramme est toxique et 4 milligrammes, mortel.
Ce même principe actif sera encore employé pour créer en 1990 un des parents de la variété de blé tendre, Renan qui prit 42 ans de recherche.
Dernièrement, toujours avec le même principe, on aura le tritordeum , alliance blé dur - orge qui prit trente années de recherche avant d’être agréé en 2006.
Sans savoir si l’avenir ne nous présente pas des bouts de gènes « anciens » introduit grâce à de « nouvelles technologies » masquées en faux OGM (Blé 2AB, Kernza,...) ?,

Les premières homologations officielles d’un triticale distinct, homogène et stable (D.H.S.), comme le demande les législations européennes datent de 1968 et 1969 en Hongrie et en Espagne et dans les années 1980 pour l’Allemagne et la France .

Il existera au début de la commercialisation, des premiers triticales, une fusion des chromosomes issu de blé tétraploïde (blé dur) ou hexaploïde (froment) avec ceux issus de seigle commercial, dénommé « triticales primaires ».
Suivront les triticales dites « secondaires » résultant de croisement entre triticales primaires, c’est généralement celles-là qui se retrouvent actuellement sur le marché.

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Bibliographie sommaire:
Arne MÜNTZING, Revue historique du développement du triticale publié dans le symposium Triticale réalisé par le CIMMYT, (Centre d’amélioration du maïs et du blé), en octobre 1973. p.13 à 30 ;
Anne BRUNEAU, Le blé, le seigle et le triticale, cours 4, les céréales II, issu des cours de biologie, Plantes utilisées par l’homme de l’Université de Montréal, 2001.p.15 à17
Anthony WOLFF, Wheat X Rye = Triticale, publié dans Cimmyt Today, n°5, 1976, p.6.
Philippe JOUDRIER, OGM, Pas de quoi avoir peur !, éd. Le publieur, 2010, 260 pages.
Christophe BONNEUIL et Frédéric THOMAS, Gènes, pouvoirs et profits, éd. Quae, 2009, p. 460-462.
André GALLAIS et le site agriculture-environnement.fr/a-la-une/un-ble-bio-genetiquement-modifie-ca-existe-déjà, mis en ligne le 21/03/2013.
Interview de la firme Agrasys, TRITORDEUM, une nouvelle céréale au gluten facilement digestive, signé F.G. et publié dans la rubrique Productions et Marchés de la revue Industries des Céréales, n°195 de nov.2016.
Gaël MONNERAT, Triticale 2.0, Union des Fédérations Agricoles - UFA, Revue (CH) , 06-2014, p. 42.




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Laurent (dimanche 14 févr. 2021, 14:19)
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Bon pain
Marc
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